MON VILLAGE
Modeste, au pied du Luberon,
L’amandier à sa boutonnière,

Il semble, au creux de son vallon,
Quand sa jeunesse danse en rond,
Faire l’école buissonnière.
Comme de l’ambre en un coffret,
Il détient le miel de ses ruches.
Il vénère le pain des huches,
Le blé dru que l’aïeul transmet.

A sa fontaine emplis ta cruche :
Elle chante un air désuet,
Son refrain s’interrompt, trébuche,
Se mêle au son du galoubet

Qui conduit pâtres et bergères
Vers les coteaux et les talus,
Où pullulent l’ombellifère,
Le coquelicot en surplus.
Sa chapelle de pastorale
Dresse sa croix naïvement.

Mieux qu’une vaste cathédrale
Elle inspire au recueillement.
Que dirais-je de ses pinèdes
Qui sentent bon l’humus fécond,
Des sentiers où mes pas accèdent
Quand mon cœur devient vagabond.
Ils ont gardé plus d’une empreinte
Du braconnier, bel insoumis ;
Par leur senteur de térébinthe

L’écureuil bondit, sans contrainte,
Exulte la joie en ses cris.
Il a l’âge de mon enfance,
L’arôme unique d’un printemps.
Il lie à mes rêves son anse
De clématite et de sarments.

Il sait s’offrir, sans défaillance
Et retenir l’envol du temps.
Saint-Martin de la Brasque ( en Vaucluse ).
Alice Cluchier
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